mercredi 29 août 2018

Escapade gourmande en Lodévois, sur les traces du sculpteur Paul Dardé

Parties 1 et 2

 

Les Eyzies

Départ de l'escapade, Les Eyzies, en Dordogne, dans le Sud-ouest de la France. Cette commune a la particularité de posséder un musée national de Préhistoire qui accueille sur sa terrasse une statue de Paul Dardé connue sous plusieurs appellations : "l'Homme préhistorique","l'Humanité issant de sa gangue de pierre" ou, par erreur, "l'Homme de Néanderthal" ou encore, par erreur également, "l'Homme de Cro-Magnon".








L'Homme préhistorique, oeuvre de Paul Dardé, 1930 (cl. Monuments Historiques, première moitié du 20e siècle)






La statue de Dardé sur la terrasse du musée des Eyzies vers 1937














Ce voisinage spectaculaire, je dirais presque cette promiscuité si le terme n'avait maintenant une connotation si négative, nous a depuis longtemps incités, MP et moi, a faire plus ample connaissance avec ce foutu personnage que fut Paul Dardé. Il nous a donc paru tout naturel de partir sur ses traces, dans son Languedoc natal, près de Lodève, où de nombreux monuments, sortis en taille directe de son ciseau, ornent l'espace public de plusieurs villes et villages. La réouverture du musée de Lodève, en juillet 2018, en a été le facteur déclenchant.

 

Figeac



Première étape de notre escapade, Figeac nous a permis une belle découverte : "La Mémé du Quercy", 1 Place Vival (en face de l'office de Tourisme). Table d'hôte et boutique d'un groupement de producteurs, cet établissement accueillant nous a régalés, pour un prix modique, de produits de toute première qualité et strictement locaux.


La terrasse de la "Mémé du Quercy", boutique et table d'hôte, 1 place Vival à Figeac. 
(la Mémé sur le web)

La mémé du Quercy ? Non, mais MP savourant un délicieux confit de canard.

Pour moi, une assiette garnie, arrosée d'un rosé plein d'esprit.

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Le Causse


Nous avions décidé d'éviter l'autoroute mais nous avons fait une exception pour voir ce fameux viaduc de Millau. Rien à dire, il a beau être fait de tonnes d'acier et de tonnes de béton, il est beau !






Heureusement, nous avons pu rejoindre rapidement les petites routes du Causse et notre première étape nous conduit à une œuvre mal connue de Paul Dardé, le "menhir" de Coste-Caude (le côteau chaud). Trois kilomètres avant d'arriver à St-Maurice-Navacelles, nous quittons la D25 pour prendre à gauche la D152, direction Vissec. Au bout de 1500 m, un portillon vert interrompt à gauche la clôture à moutons, c'est ici.


Le menhir de Coste-Caude




















Dans un site grandiose aux lointains horizons, sur un bloc de calcaire brut, dressé sur le causse, non loin d'un dolmen, Paul Dardé a sculpté l'esquisse de la statue des Eyzies.

C'est comme un vieil ami que l'on retrouve.
 
































Le mouvement général, la longueur exagérée des bras, la tête dressée, le regard fixant le lointain, sont des éléments que l'on retrouve dans la statue des Eyzies.






























L'arcade sourcilière très marquée est celle des crânes des Néandertaliens connus à l'époque. Dardé s'est documenté auprès de l'anthropologue xx.



Difficile de quitter un ami !


































Le dolmen de Coste-Caude.

Le monument de Saint-Maurice-Navacelles

Reprenant la D152 puis la D25, nous arrivons à St-Maurice-Navacelles. C'est là que Dardé a construit son atelier (voir plus loin). C'est là aussi qu'il a réalisé un de ses monuments aux morts que s'offrirent les municipalités, petites ou grandes, à l'issue de la grande boucherie européenne de 14-18. Détestables pour la plupart, ces monuments encombrent l'espace public depuis plus d'un siècle de leurs poilus glorieux, moustache orgueilleuse et fusil pointé vers le ciel, exaltant un triomphalisme à vomir. Ceux de Dardé échappent à la règle. 


Ici, pas de fioriture, une simple dalle du calcaire local, prélevée à la Jasse-Nove, 4 km à l'est du bourg. Dardé entend que "le caractère du monument soit conçu à seule fin de posséder des qualités de robustesse, de force et de durée". Il explique : "St-Maurice est un pays de dolmens : j'ai voulu rester dans cette belle note monumentale". La dalle qu'il prélève est énorme : plus de 4 m sur 1,90 m et 0,30 m d'épaisseur. Elle pèse plus de 6 tonnes. Pas de chance, une cassure pendant le transport le contraint à diminuer les dimensions du monument. Il réutilise le fragment, à plat, pour surélever le socle du monument.



Ici pas de fusil, juste un profil aux yeux vides. Dardé ne raconte pas d'histoire : le soldat qu'il a sculpté est mort. Ses traits sont ceux "d'un authentique caussenard de l'endroit".

Clermont-l'Hérault

   
Le lendemain c'est à Clermont-l'Hérault que nos pas nous conduisent. Ici, le monument est comme dissimulé, difficile à trouver et surtout inapprochable, entouré de haies touffues et enfermé derrière une solide clôture aux pointes acérées. 


Ce monument, nous ne le verrons donc que de loin. C'est que les Clermontois ne l'apprécient pas. En réalité, ils ne l'ont jamais apprécié.

C'est que le ciseau de Dardé ne lui a pas donné fière allure au héros de la nation ! Il est étendu, raide, mort, avec encore son uniforme, ses bandes molletières. Et, sur lui, ce n'est pas une victoire qui veille, encadrée de ses grandes ailes d'ange. C'est une danseuse nue. Ses plumes sont celles du cabaret... 
Les Clermontois d'alors ont dû le trouver un peu trop sacrilège.

La glauconie de Mourèze


Non, ce n'est pas une maladie des yeux mais une formation géologique sédimentaire associant des éléments argileux. La pluie ruisselant sur ces massifs donne un relief tout à fait particulier.

Plus loin, ce sont des chèvres curieuses qui nous guettent de leur promontoire. Par malchance, nous n'avons même pas un vieux croûton de pain à partager.

Bédarieux

Arrivés à Bédarrieux sur le coup de midi, notre préoccupation principale est de trouver à croquer. Chanceux comme toujours, nous sommes tombés sur une bonne maison Le Chai Christine Cannac.

Un chai où l'on mange bien même quand la patronne a une sciatique !


Les couverts, superbes, laissent augurer une bonne table.
Nous avons partagé une assiette de charcuterie et une assiette de fromage. Nous avons ainsi découvert la Bougnette, aussi appelée Malsat. Du  porc, du pain et des oeufs, dans un boyau ou une crépine. On peut la manger froide mais aussi, coupée en tranche et légèrement revenue sans matière grasse. C'est croustillant et délicieux. La bougnette est mentionnée dès 1271 dans les Statuts et coutumes de la Commanderie de Saint-André de Gaillac. Respect ! Chez Christine Cannac, uniquement des produits locaux, du bon pain, et des vins bio ou naturels (sans sulfites) produits par de petits producteurs. J'ai suivi les conseils de Christine et son rosé, bien frais, fut un enchantement. 



 

 

 

 

  

 

 

 

 

Olmet

Le village natal et la dernière demeure de Paul Dardé.

Perché sur un sommet, le village offre un panorama grandiose.
Les grosses pierres posées sur le toit pour tenir les tuiles disent assez que le grand vent est ici chez lui.

Une plaque modeste indique la maison familiale de Paul Dardé.
Les rues couvertes passent sous les maisons.
















Quelques marches mènent au cimetière.
La tombe de Paul Dardé occupe l'angle du cimetère, à côté de la porte de l'église.

Paul Dardé 1888-1963         Alice Dardé 1901-1987





dimanche 15 février 2015

L'autodétermination

Mon amie, ton histoire m'en rappelle une autre.
Quand j'étais petit, j'allais en vacances chez mes grands parents maternels, les agriculteurs. Mon grand-père Maurice, qui avait sauvé sa peau de justesse sous les bombardements de 14-18, aimait bien écouter la radio le soir, avant de se coucher.
C'était, à cette lointaine époque, un de ces vieux postes à lampes, branchés sur le secteur et posés à demeure sur un meuble de la salle-à-manger-cuisine-salon-chaufferie qui, avec la chambre-à-coucher, formait l'essentiel de l'habitat rural. Ma grand-mère, Ernestine, était déjà couchée et l'appelait de l'autre côté de la cloison : "Tuye, Maurice, tuye. Vine te couchar" ("Tue, Maurice, tue. Viens te coucher" signifiant, tu l'auras compris, "Éteins, Maurice, éteins, cette p... de radio qui me prive de ta présence et m'empêche de m'endormir"). 
Je me souviens d'avoir entendu, sur ce même poste, un dimanche où nous étions venus manger, une allocution (ça s'appelait comme ça) du général de Gaulle (si je te parle de gaule, tu vas bondir...).
C'était pendant la guerre d'Algérie (tu n'étais pas née). Mon grand père Maurice vouait un véritable culte à de Gaulle (mon père aussi, ma mère aussi). Il y avait, en ce temps, beaucoup de "reportages" sur les "événements" d'Algérie et, dans ces "reportages", j'entendais bien sûr beaucoup de bruits caractéristiques des feux d'artifices et autres pétards, bruits que j'affectionnais déjà entre tous mais, ici, mêlés aux chants lugubres des sirènes.
Nous habitions un temps et une région où seuls les riches avaient la télé et où les images de Paris-Match m'étaient indéchiffrables. Cette association de bruits, pour moi joyeux et associés à des fêtes, cadrait mal avec les sirènes de police, de pompiers ou d'ambulance (je ne faisais pas alors la différence) et surtout avec les tronches inquiètes des adultes qui, autour du poste, formaient le cercle immédiat de ma famille. 
J'avais eu l'occasion de voir, à Bordeaux, passer, toutes sirènes hurlantes, la grande échelle des pompiers. Véhicule rouge, magnifique, luisant, bondissant, long, très long, rapide, très rapide, d'autant plus rapide que sonnant de toutes ses sirènes. A une époque où nous, les minots de la campagne, sortions des maisons dès que le bruit d'un moteur, un peu plus rugissant que celui des automobiles ordinaires, se faisait entendre, cette voiture des pompiers m'avait laissé une très forte empreinte. J'avais pu l'observer plus à loisir, par la suite, aux vitrines des marchands de jouets.
Dans cette allocution de de Gaulle, un mot revenait souvent : autodétermination. Je comprenais bien qu'il s'agissait sans doute de quelque chose destinée à mettre fin aux affrontements : l'auto-des-terminations. Dans ma jeune cervelle, cette autodétermination avait une image et un son. C'était évidemment un véhicule du même type, de la même couleur et de la même vitesse que cette - magique et effrayante aussi - grande échelle des pompiers, entrevue à Bordeaux.

jeudi 3 avril 2014

Grossières recettes 3 - le gratin de courgettes


Pour deux personnes :
- 2 courgettes (pas des monstres mais des courgettes d'une grosseur raisonnable, disons celle d'une bite honnête, soit 750 g les deux)
- 3 oignons (pas des monstres non plus, ni de ces trucs moitié pourris qu'on trouve sur les rayons des supermarchés)
- 1 verre de Monbazillac ou de Ste-Croix-du-Mont (ou de Sauternes si tu as trop de pognon)
- fromage à gratiner, genre mozzarella filée ou emmental râpé
- huile d'olive
- sel
- poivre

Tu coupes les oignons en tranches fines de 3 mm d'épaisseur et tu défais les anneaux. Tu comprends ou je te fais un dessin ?

Avec le couteau économe, tu enlèves environ la moitié de la peau des courgettes, en ôtant des bandes parallèles dans le sens de la longueur, puis tu coupes en rondelles de 3 mm d'épaisseur. Je dis 3 mm mais c'est pour déconner. Si tes tranches font 3,5 mm, ce sera bon aussi.

Dans un plat qui va au four, tu mets, au fond, un bon filet d'huile d'olive puis une couche d'oignon, une couche de courgette, une couche de fromage. Tu recommences jusqu'à ce que tu n'aies plus rien, en te démerdant pour finir par une couche de fromage. C'est un gratin, merde !

Tu sales, tu poivres (sans faire semblant) et tu verses le verre de vin blanc sur toute la surface. Maintenant, il ne te reste plus qu'à verser un petit filet d'huile d'olive sur le fromage et à mettre au four une grosse demi-heure. Pendant que ça cuit, tu peux décider de vérifier si le Monbazillac est bon.

Et maintenant, tu te régales en pensant à moi (et un peu aussi à Manou, chez qui j'ai mangé, il y a des années, un gratin de la sorte).

samedi 25 janvier 2014

Grossières recettes 2 - le Poisson à la Cocotte

Pour 4 personnes, il te faudra :

1 oignon (petit)
2 gousses d'ail (grosses)
8 olives noires
6 parallélépipèdes de poisson surgelé
2 courgettes moyennes
1 poivron rouge
1 tombée d'huile d'olive
1 pincée de gros sel
1 cuillère à soupe de harissa (s'il est pas trop fort, sinon t'en mets qu'une cuillère à café)
1 pincée d'aneth (ça marche même s'il est déshydraté)
1 verre d'eau

Tu t'emmerdes pas, tu haches l'ail et l'oignon en morceaux gros comme la troisième phalange de ton petit doigt de pied,
tu haches le poivron (ou tu le coupes en rondelles, c'est plus joli)
tu fais revenir tout ça avec les olives, à la cocotte minute ouverte, dans l'huile d'olive.
Pendant ce temps (t'as 3 mn), tu te magnes le train pour couper les courgettes en morceaux de 2 à 3 cm de côté,
quand t'as fini (Mais dépêche-toi, milledieu !) tu jettes les courgettes dans la cocotte,
tu sales et tu épices avec le harissa (et pas l'inverse),
tu mélanges tout le bordel et tu laisses revenir 5 mn (en remuant, grand couillon, sinon ça attache !),
maintenant, tu verses le verre d'eau,
et tu mets les morceaux de poissons surgelés sur le dessus,
tu saupoudres d'aneth,
tu fermes la cocotte (et ta gueule),
tu laisses cuire 10 mn à feu très doux à partir du moment où la cocotte chante.
(Bon, si t'as pas de cocotte minute, tu fais ça dans une cocotte normale et tu laisses cuire, mettons, 30 minutes. Et tu remues de temps en temps pour pas que ça attache au fond. T'as compris ?)

Avec ça tu te fais un riz blanc de Camargue (ou de l'Aude, ils en font près de Marseillette) et tu te régales avec un blanc sec et fruité, genre Duras (Château Laulan, par exemple, pour rester dans la qualité) ou, si tu n'aimes pas le Sauvignon, avec un vin de Muscat (c'est le cépage) vinifié en sec. C'est très parfumé ! Si tu n'aimes ni le Sauvignon, ni le Muscat, tu commences à m'inquiéter. Essaie le Picpoul de Pinet (encore un cépage) de la cave Les Costières à Pomerols (34810). Bien frais, il est impeccable. Et si ça te plait pas non plus, tu vas te faire voir...
chez les Portugais.
Ils ont un Vinho Verde, un petit peu pétillant et acide juste comme il faut. Mais t'es pénible quand même !

vendredi 24 janvier 2014

Cydonia oblonga Mill.

Les jeeps descendent la pente entre les schistes, levant d'épais nuages de poussière. Les couleurs de l'automne ont enflammé les vignes, et les limites de la quinta d'Ervamoira sont maintenant bien visibles. Le domaine, mélange harmonieux d'architectures traditionnelle et moderne, est blotti dans l'arrondi de ses vignes, sur une petite éminence.
Les étrangers que nous sommes sont descendus des voitures pour s'en mettre plein la vue. Sur un cognassier proche, Guy, bucolique, cueille un coing qu'il fait disparaître dans la poche de sa veste.

Nous remontons en voiture. Je lui propose un sachet plastique et l'asile de mon sac à dos pour mettre en sécurité son menu larcin. Dont je crois deviner la destinataire. Des échanges coings confiture ont déjà eu lieu par le passé.

Toujours sous la conduite de l'Architecte, visite du musée. Restes romains trouvés sur le vignoble. Évolution de la bouteille de la marque Ramos Pinto. Prix aux expositions universelles.
Rapide la visite.
La dégustation qui suit est plus approfondie.

Le repas, de travail, a lieu sous une immense toiture, métal et bois sur des murs de schiste, ouverte des deux cotés sur les vignes. Des bergers qui pratiquent encore l'essartage ont échappé le feu suscitant les commentaires de la petite troupe tout occupée à bâfrer.

Les jeeps. La poussière sur ces chemins de pierre et d'argile.
Penascosa (se prononce presque Pénachcoche). Le site est magnifique, dans les sables de la rive du Côa. Des affleurements de schistes pointent jusqu'au sommet de la colline. Des gravures paléolithiques sur chacun.

Jeudi matin, conférence de presse. Télévision. Repas rapide puis départ de Guy avec les politiques de la délégation. Départ rapide. Le coing est resté dans mon sac.

Après-midi, visite d'autres gravures, suivie d'une réunion de travail entre archéologues. Beaux yeux, cette Claire. Verts.

Dernière visite au siège du parc. Dernières acquisitions du précieux breuvage local.

A nouveau la Jeep. Jusqu'à Porto. Enregistrement des bagages. Lourds. Pleins de flacons. Lourds. Les sangles déjà à moitié arrachées à l'aller par les bagagistes.

Attente.
Embarquement. Le même petit zinc à hélice qu'à l'aller. Régional Air Lines. Petit coup d'aile au-dessus de l'Atlantique. Petit coup d'œil d'en haut sur les caves de Vila Nova de Gaia. A toucher Porto mais où le terrain est moins cher.
Nuages. Turbulences. Les gens se regardent de part et d'autre de l'allée. Silences.

Altitude de croisière. L'avion est maintenant plus stable.
L'hôtesse, sorte de géante batave, débite son baratin sur les gilets de sauvetage et les tuyaux de l'oxygène. L'interphone. Elle décroche. Son visage change. Elle reprend le micro. "Nous avons un problème technique. Nous retournons nous poser à Porto."

Ceintures. Virage. Le soleil change de coté. Descente. Nuages. A nouveau les turbulences. Regards de part et d'autre de l'allée. Silences.

Revoilà l'Atlantique. La piste de l'aéroport. L'avion roule et vient s'immobiliser devant les hangars techniques. Dans le sac, ma main rencontre le coing dans son plastique. Il ne paraît pas avoir souffert des turbulences.
Palabres avec les techniciens. Finalement, tout le monde descend. L'appareil n'est pas en état de décoller. On récupère les bagages. Lourds. Glougloutants.

Autobus. Le hall de l'aéroport. Guichet de la compagnie. Négociations. Coups de gueule d'inévitables grincheux sur la pauvre fille qui n'y est pour rien derrière son guichet. Un avion sur Air Portugal ce soir pour Orly. Remplacement des billets. Enregistrement. Attente.
Nouveau départ dans un Airbus tout neuf. Ça change. Au menu, morue à la tomate et à l'oignon. Succulente. Bien aillée. Portugaise.

Arrivée Orly. Vingt-trois heures. Récupération des bagages. Chariot. Au bout d'un couloir, bureau des déroutés. Là, dans un désordre de bagages égarés, on s'occupe d'acheminer dès ce soir ceux qui peuvent encore l'être. Pour Bordeaux, un vol Air France. Demain matin. "Pour ce soir, je vous fais un billet de logement. J'en fais qu'un. Vous êtes combien ? Je le confie à qui ? Il vous donne droit à une chambre avec petit-déjeuner à l'Holiday Inn. Navette tous les quarts d'heure, porte J. " Tous ces braves représentants de commerce aéroportés se regardent. Sourient. Gloussent. "Pas moi." "Pas moi." Personne ne semble intéressé par cette petite responsabilité. Bon très bien, je le prends moi son billet de logement.

Chariot. Couloir. Porte J. Navette. Hôtel Holiday Inn. Vaste usine où toutes les nationalités se croisent. Présentation du billet collectif. Une petite blonde s'occupe de nous, son collègue d'un autre groupe. Système électronique de réservation des chambres. Magnétisation des clés format carte bancaire. Distribution. Dernières recommandations pour demain : départ sept heures devant l'hôtel par la navette.

Sac à dos, rouleau d'affiches, sac de voyage. Lourd. Ascenseur. Sixième étage. Chambre 610.

Glisse la carte dans la fente. Ouvre la porte.
Bizarre, de la lumière dans la chambre et la salle de bain à gauche est entrouverte. Je reprends mes sacs, lourds, les pousse du pied dans la chambre. Une jeune femme, petite tenue, brosse à dent, sort de la salle de bain. Dentifrice. Revers de la main sur la bouche. Questions. Chambre 610. Ben moi aussi. Erreur de la réception sans doute.
Excusez-moi Madame.

Récupère les sacs, ferme la porte.

Ascenseur.
Descente, entre trois gros types en chemises blanches et cravates noires. Idiome inconnu. Accent Europe centrale.

La réception. C'est bien une erreur. Son collègue et elle ont donné la même chambre. Excuses. C'est la faute à l'électronique. Air connu.
Remagnétisation de la carte. Chambre 613.

Sacs. Ascenseur. Chambre 613. Juste en face de la 610.

Fatigue. Douche. Lit. Cherche un livre dans le sac à dos. Tombe sur le coing.
Tiens, je l'avais oublié celui-là...

Pour que tu profites du printemps

"Au fond du jardin" Diane Meunier
gouache sur toile cartonnée 16x24cm
Pour que tu profites du printemps,
j'ai fait taire le vent
et venir les oiseaux,
j'ai fait gonfler les bulbes
et fleurir l'albizia,
j'ai fait fuir les nuages
et luire le soleil,
j'ai fait partir la pluie
et sortir l'hérisson.
C'est pas vrai. Comme toujours
et toujours, je déconne.
Pour que tu profites du printemps,
j'ai juste fait les carreaux
.

mercredi 15 janvier 2014

Grossières recettes 1 : la Blanquette de Cabillaud

Mise en garde : Ça faisait un moment que j'avais ça dans la tête. Mettre par écrit mes recettes de cuisine, moi qui ne suis pas cuisinier. Le fond était là, je butais sur la forme. Mais je crois que j'ai trouvé ! Je suis très fier de vous présenter, ce soir, le première de mes "Grossières recettes".

Pour 4 personnes :
- 2 oignons pas piqués des hannetons ;
- 2 grosses poignées de champignons de Paris, frais (ou surgelés si tu as eu la flemme de faire les courses) ;
- un "bouquet garni" ; rien de plus con que cette expression pour désigner tout un tas de petites putes d'herbes odorantes, sauf bien sûr si elles ont traîné dans ton placard depuis des années, grand cochon (thym, laurier, etc.) ;
- 1 clou de girofle (et un seul) ;
- 1 cuillère à soupe de poivre vert ;
- 3 verres de Duras sec ou un bon Sauvignon (c'est un cépage, ignare !) si t'as pas de Duras. Oui, Duras c'est en Lot-et-Garonne, chez les Croque-pruneaux)
- 4 portions de cabillaud surgelé, format parallélépipède rectangle (retire le papier Ducon !) ;
- farine (un peu, un peu ! genre 1/2 verre Duralex) ;
- aneth ;
- poivre du moulin ;
- sel à convenance,
- et c'est tout !

Fais revenir l'oignon et les champignons avec le "bouquet garni" et quelques grains de poivre vert. Verses-y 2 verres de blanc sec (parce que j'espère qu'il en reste et que tu l'as pas tout sifflé sous prétexte qu'il est bon ! Bien sûr qu'il est bon le Duras, surtout le Domaine de Laulan de la famille Geoffroy, au Petit-Ste-Foy à Duras 47120, Milledieu !),
http://www.domainelaulan.com/vin-blanc-sauvignon-domaine-laulan.html
Fais-moi réduire tout ça, (tu veux que je te fasse un dessin ?)
Retire le bouquet garni.
Met le poisson fariné, (eh oui, eh oui, c'est à ça qu'elle sert la farine. Tu croyais quoi ? Et démerde-toi pour pas la laisser attraper au fond !)
Rajoute le reste du vin blanc, poivre du moulin et un peu d'aneth.
Fais réduire,
Sers ça avec un riz de Camargue, parce qu'en Camargue y a pas que des moustiques, des taureaux et des joueurs du Stade Français ; il y a du bon riz qui n'a pas fait 10 000 km de sa rizière natale à ton bec !


Si tu trouves ça bon, tu peux laisser un commentaire ici-dessous. 
Si tu trouves pas bon, vas te faire f...
frire des sardines en boite !