dimanche 2 décembre 2012


                                                
L’orchata













23 juin
21h30 départ pour Saint-Cyprien avec JB, Bast et Guizzi. Itinéraire Sarlat – Souillac. OK, l’A20 ne commence pas à Souillac mais plus au sud. Autoroute sans problème jusqu’à la sortie de l’A9 au sud de Perpignan. Le Vieux va vers le nord (Leucate) au lieu du sud (Canet). Demi-tour. Arrivée plage de Saint-Cyprien à 2h00. Exactement au même endroit qu’il y a deux ans. Nuit sur la plage. Tramontane mais à l’abri de la dune et des duvets et couette (Guizzi) nous n’avons pas froid.

24 juin
Au réveil, triste épisode de la Durit. Le Vieux a balancé à la Méditerranée la pipe à eau de voyage que JB s’était fabriquée. Il est emmerdé de faire ça. JB a dix-huit ans… Bast lui remonte le moral : “ t’as eu raison ”. Guizzi, qui se réveille, se demande pourquoi JB cherche quelque chose dans l’eau jusqu’au haut des cuisses, plongeant le bras jusqu’à l’épaule. Il a sa chemise tunisienne bleue, son pantalon en toile verte avec plein de poches qu’il a acheté avec le Vieux cet hiver aux soldes à Périgueux. Il retrouve la Durit avec son pied et ne parviendra plus à la saisir à la main malgré la quantité de sable qu’il remue. Guizzi pique une tête, sort de l’eau et, pour se sécher, se roule… dans sa couette !
Départ direction sud. Petit déjeuner à Banyuls. JB reste dans l’auto. Nous lui ramenons Charlie, de la pelloche et une pince à crotte distribuée par la mairie à l’office de tourisme. Il y a un musée Maillol à Banyuls. De la sculpture partout dans ce joli petit port. On continue sur sud, refaisant la même route (N114) qu’il y a deux ans. JB qui a maintenant de la pellicule fait arrêter l’auto quand la vue lui plaît, paysage ou fragment de roche. La géologie est riche (schistes).

Arrivée à Cadaques, direct aux rochers. Tramontane. On ne peut se baigner, les conques à l’abri du vent sont déjà toutes occupées. Quinze heures, le Vieux lève des pesetas et on va manger. La granja. Le gaspacho froid est excellent mais les beignets de calamars surgelés. On se partage une carafe de bon vin rouge catalan. Pas trop le Guizzi qui “ ne boit que du blanc ”…

Sitôt après : Port-Lligat. Ca fait trois fois que le Vieux y va mais il est surpris par la brièveté de la distance entre Port-Lligat et Cadaques. JB est intéressé au plus haut point. Bast et Guizzi un peu moins. Ils ont déjà vu. Visite à 17h40. 

Après la visite, JB veut aller au Cap Creus voir certains rochers qui ont inspiré Dali. Nous n’avons que la mauvaise carte donnée il y a deux ans par l’office de tourisme de Cadaques qui n’indique pas de route mais seulement des chemins de randonnée. Nous tentons le coup. Le chemin peu carrossable qui part de chez Dali mène rapidement sur une très belle route qui semble aller où nous voulons… Nombreux arrêts. Photos au rocher qui a suggéré à Dali l’image de Guillaume Tell. JB est aux anges. Mais il cherche encore d’autres rochers. Il faut aller à la pointe du Cap Creus. Facile, la route y conduit. Entrée au Club Merde. Photo du rocher “ El camel ”. Retour. Poursuite jusqu’à la pointe du cap. Phare. Tout le monde est enchanté. Seul Guizzi, un peu à l’écart, est mélancolique. Retour à Cadaques, poursuite vers Roses, pour éviter la tramontane. Ce qui fonctionne : Roses est abrité du vent par la montagne. Pas si con le Vieux… Route du nord, la plus longue mais magnifique. La route plus courte suivrait-elle la côte ?

Roses. Parking payant sur la plage. Les jeunes font tourner un buzz sous les dattiers. Nous mangeons quelques dattes un peu sèches. Guizzi est enrhumé. Le vieux le lui répète tout le temps : il renifle au lieu de se moucher.
La nuit tombe pendant que le Vieux lève d’autres pesetas et cherche un restaurant correct pour une bonne fideua. Sur la plage, plus cher et tape à l’œil : menus en photos et en quatre langues partout. Tapas et mariscos. Le Vieux finit par trouver : restaurant de l’esglesias. Téléphone à Pomme qui trouve la maison bien vide, câline le chien mais n’ose le promener. Elle a toujours peur qu’il tire et qu’elle ne puisse le retenir. Faire penser Bast à prendre son zinc le soir.

Ce soir, c’est la Sant-Joan, fuoc et fête nationale de la Catalogne. Des orchestres s’installent partout. Le Vieux retrouve les enfants sous les dattiers et on va manger. On commande quatre fideua, vin blanc Rioja 1995, crèmes catalanes. Y’a que des jeunes qui bossent dans ce resto. La patronne est très aimable et parle très bien français. Feu d’artifice énorme en attendant la fideua… Après le repas – excellent même si la fideua est aux spaghettis coupés – la maison nous offre un alcool de pomme. Petits verres avec anse sur une planche à cupules. Guizzi est enthousiasmé par cet alcool.
Bal en plein air. Les jeunes entrent dans la foule des danseurs. Le Vieux les attend près de la buvette. Des filles accoudées tendent leur cul. La mode ici est au string sous des jeans blancs hyper tendus...

Retour à la bagnole. Départ pour Ampuries. Nuit sur la plage devant le mur grec. Sommeil vers deux heures. Pétards partout. Il faudrait pas qu’on se prenne une fusée sur la gueule ou sur les sacs de couchage.

25 juin
Vers quatre heures, la machine infernale nettoie la plage. Il faut remonter sur la pente de la dune. Bast veut aller voir les autres jeunes autour des feux mais JB et Guizzi ne veulent pas suivre. Vers cinq heures, Guizzi se réveille. Il a le visage bouffé par les moustiques. Il va dormir dans la voiture.

Six heures, premier rayon du soleil. Rouge. Le Vieux réveille JB. Il ouvre un œil, regarde le môle grec, le soleil et se rendort.

7h30, le Vieux se réveille. Petite balade derrière le môle. Une pensée à ses copains de bahut. Hier soir, Pomme lui a dit qu’une copine de terminale avait téléphoné : elle veut organiser une réunion des anciens en septembre. JB et Bast dorment encore. Le Vieux plie duvet et coussin et revient à la voiture faire du rangement. Il s’entraîne à faire, de mémoire, un SOMAT pour faire une blague à JB qui utilise fréquemment ce graphe. Pas facile à reproduire. Ce cochon a une sacré patte. Le Vieux ne sait pas s’il en est fier – c’est son fils – ou seulement content pour lui et admiratif. Sentiments mêlés. Est-on vraiment obligé de mettre des noms sur ses sentiments ?

Le Vieux fait une grossière imitation du SOMAT sur une baraque à glace. Il y a trente ans, il y avait là une guinguette à grillades, sous une pergola, avec une glacière à pétrole.

Le Vieux s’offre un petit verre de Corbières - on est parti avec le cubi – sur la plage. Sur l’autre plage, JB et Bast dorment toujours. Pas un poil ne dépasse des duvets. La Tramontane, atténuée, est toujours là. Le Vieux se pose sur le sable et écrit ces quelques lignes. Une idée lui traverse l’esprit : leur donner ce texte pour qu’ils y insèrent des passages. Nouvelle à quatre mains.
Le Vieux ferme le cahier et va réveiller son monde : le musée Dali ouvre à dix heures et il faut déjeuner.

De la merde ! Personne ne veut bouger. Le Vieux part à pied à la Escala en suivant la côte, chercher des fruits et du tabac. Monument aux jeux olympiques de Barcelone. Remparts. Petite place où le Vieux avait acheté, il y a trente ans, des pistolets en caoutchouc qui lançaient des balles de ping-pong. Une fille avait lancé à sa copine “ Hum ! Que perfume. Es la mujer ? el hombre ? ”. La tête du Vieux est pleine de souvenirs comme ça, sans importance. 

Retour à la plage. Petit déjeuner frugal. Départ pour Figueres.
Putain de signalisation espagnole. Le Vieux se trompe de route. Bast : “ Je te l’avais bien dit. Figueres c’était à droite ”. “ Ouais. Mais t’as vu c’était un vieux panneaux. Je pensais qu’il y avait une grande route plus loin ”.

Figueres. Garage de la voiture au plus près du musée. Parking trois étages, payant. Tant pis.

Zarzuellas dans un petit troquet au bas du musée. Dans la rue. Sur des estrades. Merde, du jus de zarzuella sur le sac à dos neuf du Vieux. Jus jaune sur le sac noir.

Le musée. Trois étages là aussi, mais remplis de merveilles. Musique symphonique dans le patio, vieille rolls supportant une caryatide aux seins énormes terminés par des cabochons de bronze, précédant une antique barque de pêcheurs de sardines perchée sur une pile de pneus de tracteur. Pneus noirs, barque colorée. Un tronc à côté de la roue de la bagnole. L’introduction d’une pièce ouvre un parapluie noir au mat de la barque et déverse une ondée bienfaisante sur les végétaux et limaçons en plastique qui emplissent la rolls. Le Vieux se souvient d’avoir lu qu’autrefois il y avait des escargots vivants sur lit de laitues fraîches, changées tous les jours. Il ne sait pas pourquoi, il croyait que c’était à Londres. JB est fou. Il court partout, photographie à tour de bras. Ses frères le perdent. Le Vieux est envoyé d’urgence acheter de la pelloche.
Mais le musée va fermer. Les gardiennes, charmantes petites robes noires et chemisier à cravate, sont obligées de mettre JB dehors. Il y serait encore…
Il n’a pas eu le temps d’acheter les livres qu’il voulait. A l’extérieur, boutiques. Livres, posters, cartes postales. Le Vieux a toujours aimé les cartes postales. Chez lui, il en a plusieurs boites. Sur certaines est marqué simplement “ cartes postales ”. Ce sont les préférées. Reçues ou achetées, il n’est pas question qu’il s’en défasse. Il en est même emmerdant. Chaque fois qu’un de ses fils ou un de ses copains part, il lui recommande au moins dix fois “ Tu m’envoies une carte. Hein. Tu fais pas le con. Tu m’en envoies une. ” Sur d’autres boites, il a écrit “ cartes postales susceptibles d’être envoyées ”. C’est son papier à lettre ordinaire.

La tramontane a fermé boutique. Maintenant, il fait chaud, soif. Bistrot, terrasse, parasols. Ils servent de l’orchata, la boisson mythique de Pomme. “ On va lui en acheter ”. Négociations. Dans ce bistrot, ils en servent mais n’en vendent pas. Le garçon explique au Vieux qu’il peut en trouver au supermarché, à la sortie de la ville. Le Vieux finit sa bière, Guizzi son chocolat. JB et Bast partent devant. Pour tirer un dernier buzz pense le Vieux. Rendez-vous à la bagnole.

Retour au parking. La bagnole est là, presque la dernière. Mais pas trace de JB et Bast. Le Vieux s’installe au volant. Attente. “ Guizzi, tu veux pas aller voir ? ”. Guizzi ne veut pas. Le Vieux monte l’escalier qui dessert les étages. Merde ! Des Somat partout. Sur les murs, sur les portes. “ Oh ! les cons. Ils se sont fait piquer ”. Un vigile descend. Il a l’air en rogne. Guizzi qui revient de patrouiller à l’extérieur saute dans l’auto. “ Démarre. Vite. Démarre. ” Dehors, il a vu son frère Bast. “ JB s’est fait choper. Il a pu se barrer. Il s’est planqué dans des poubelles à 200 mètres. Bast nous attend au bord de la route ”. Contact. Ca démarre quart de tour. Sortie du parking. La caisse. Carte bleue. Pas de question ; démarrage en douceur. On est dehors, l’air libre.

Plus loin, entre deux bagnoles, Bast nous fait signe. Arrêt. “ JB est là-haut au bord de la voie rapide. ” Merde, la voie est à contre sens. Impossible d’y arriver à moins d’un énorme détour. “ Bast, va le chercher !”. Ils reviennent. Bast monte dans la voiture. JB traverse le terre plein. Galope jusqu’à la bagnole, la tête en biais, un œil sur le parking au loin. Le vieux : “ mais qu’est-ce qu’il fait ce con ? ” Au lieu de se dépêcher de monter, il ouvre le coffre pour y jeter un mauvais panneau d’aggloméré percé d’un trou rond qu’il a récupéré entre les poubelles. Il daigne enfin s’asseoir à bord. 

Départ. Direction Francia.
Tant pis pour l’orchata.

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